4 trucs que font les pros et que négligent les amateurs

prosvsamateurs — Réussir son home studio

Si vous avez enregistré une chanson, un EP ou un album, vous vous demandez peut-être pourquoi votre produit n'a pas la prestance d'une production professionnelle. Est-ce l'enregistrement? Le mixage? Le mastering? Peut-être, mais il y a fort à parier que le problème se situe ailleurs. La question devient alors plus large : qu'est-ce qui différencie une production professionnelle d'une production amateur? Je vous propose ici quatre approches qu'utilisent les pros pour obtenir cette qualité de production tant recherchée. Comme vous le verrez, ces points n'ont pas grand-chose à voir avec la qualité du son.

Ils ont recours aux services d'un réalisateur

« Ce ne sont pas les poissons qui ont découvert l'eau : ils nagent dedans! »

Lorsqu'on est auteur-compositeur-interprète ou qu’on fait partie d'un groupe, il est extrêmement difficile d’avoir suffisamment de recul pour apprécier justement le résultat global. Normal, étant donné que vous avez tout fait! Un réalisateur aborde la chanson d'une perspective totalement différente. Il entend inévitablement des choses qui vous échappent simplement parce que vous êtes trop proche de votre matériel. Un bon réalisateur concentre son attention sur le résultat final et joue, en quelque sorte, le rôle d’intermédiaire entre vous et les auditeurs.

La principale crainte qu'ont les novices quant à l’utilisation d’un réalisateur est que ce dernier « change complètement mes chansons et bousille mon travail ». Le rôle d'un bon réalisateur n'est pas d'apporter des changements à tout prix ou d'imposer sa vision, c'est de viser à atteindre le plein potentiel d'une chanson en fonction des forces de l’artiste. Il le guide en maximisant les points forts de la chanson et en mettant en lumière les points qui nécessitent plus d'attention. Tout cela est un travail d'équipe.

Un réalisateur suggère de rehausser les arrangements de certaines parties additionnelles : de pistes de guitares, d'harmonies vocales, de percussions, de synthétiseurs, etc. « Oui, mais il n'y a pas de claviériste dans notre band ».  Sccop : U2 n'a pas de claviériste non plus! Ça ne les a pourtant pas empêchés de faire des chansons comme « Beautiful Day ». Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un enregistrement et une performance « live » sont deux choses bien différentes. Un bon réalisateur est au fait de cette différence et suggèrera des façons d'en tirer pleinement avantage. Il est également au fait des techniques de production en studio et pourra ainsi vous aider à atteindre une signature sonore qui vous mettra en valeur.

C'est à l'étape de la préproduction que la majorité des décisions réellement importantes se prennent. Les pros l'ont compris et s'entourent dès le début d'un projet de personnes qui les aident à matérialiser leur vision. Qu'auraient été les Beatles sans Georges Martin? System of a Down sans Rick Rubin ou Sylvia Massey? Michael Jackson sans Quincy Jones? Bien sûr, soumettre son travail à l'opinion d'autrui nécessite une bonne dose d'humilité, d'ouverture d'esprit et, à la limite, d'abnégation! Mais cette ouverture est assurément l'un des principaux aspects qui différencient les pros des amateurs.

En résumé si vous travaillez seul et en vase clos, vous vous fermez à tout un univers de possibilités!

Ils utilisent des arrangements simples et efficaces

« Le tout est plus important que ses parties »

Quand je travaille avec des groupes, un des problèmes les plus courants que je rencontre, c’est l’inuttile complexité des performances ou des arrangements. Cette complexité vient généralement du fait que les membres du groupe concentrent leur attention sur leur performance individuelle plutôt que sur la somme de leurs performances. Il en résulte inévitablement un manque de cohésion où les performances de chacun relèguent le résultat total au second plan.

Dans le même ordre d'idée, je suis toujours étonné de voir à quel point les membres de groupes amateurs se sentent dans l'obligation de jouer... tout le temps! Imaginez le début d'un classique comme Stairway to Heaven où tous les musiciens auraient ajouté « leur petite contribution ». Note de basse par ci, roulement de cymbale par là, solo de guitare discret... Ça ne marcherait pas, n'est-ce pas? Parfois la meilleure façon d'aider une partie de la chanson est... de ne pas y participer!

Une anecdote à ce sujet. Il y a plusieurs années, King Crimson a enregistré un album nommé « Starless and Bible Black ». Sur une piste nommée « Trio », Bill Bruford,  le célèbre batteur du groupe, est resté muet durant l'enregistrement. Il a consciemment pris la décision de ne pas jouer parce qu'il considérait que la batterie n'apporterait non seulement rien de plus à la pièce, mais nuirait à celle-ci. Les autres membres du groupe ont d'ailleurs reconnu l'important apport de sa « non-performance » en le créditant sur l'album de la mention « Admirable restraint » (admirable retenue). Il est également considéré comme auteur de cette chanson au même titre que les autres membres du groupe. En bref, la performance individuelle ne doit jamais l’emporter sur l'ensemble.

La principale question qu'il faut se poser c'est : quel est l'élément qui fait avancer la chanson? Est-ce le rythme (With or Without You de U2)? Est-ce les paroles (Halleluïa de Leonard Cohen)? Est-ce le mood (Black Hole Sun de Soundgarden)? Est-ce une phrase mélodique (I got a Feeling de Black Eyed Peas) ? Ensuite on doit se demander quelle est la meilleure façon de supporter et de mettre cet élément en évidence et surtout… de ne pas lui nuire!

Ils font avancer la chanson

« Linéaire. : Qui est sans relief, monotone, plat. »

Une chanson ne doit jamais être linéaire, elle doit toujours progresser. Le deuxième couplet d'une chanson devrait avoir au moins un élément différent du premier couplet. C'est souvent la même chose pour les refrains. Une chanson a aussi très souvent besoin d'un bridge. On changera le rythme, la tonalité, l'instrumentation, la mélodie vocale afin de créer un contraste avec le reste de la chanson. Le bridge, c'est un pas en arrière pour mieux avancé.

Dans le même ordre d'idée que le point précédent, le silence est souvent le meilleur allié du contraste. Par exemple, plutôt que d'avoir deux guitares qui jouent exactement la même partition dans le premier couplet, pourquoi ne pas introduire cette seconde guitare uniquement au refrain? Peut-être serait-il plus approprié de ne pas mettre d'harmonies vocales dans le premier complet et de les conserver pour le second? L'idée, c'est de garder la chanson en mouvement en apportant des variantes qui garderont l'attention de l'auditeur.

Les transitions entre les sections (le passage d'un couplet au refrain par exemple) nécessitent également une grande attention. Parfois elles seront simples, d'autres fois plus élaborées. Le principe est de faire comprendre à l'auditeur que l'on passe à autre chose et de lui signifier que la chanson progresse.

Ils placent la chanson avant toute chose

« Pourquoi faites-vous de la musique? »

L'enregistrement, le mixage et le mastering ne sont qu'une partie de la chaîne et, à l'origine de cette chaîne, se trouve votre chanson. Une bonne chanson s'enregistre et se mixe bien. À l'inverse, une mauvaise chanson donnera toujours quelque chose de décevant, et ce, malgré la qualité de l'équipement et les plus incroyables prouesses techniques. Croyez-vous vraiment que le type de compresseur que vous placez sur le piano ou votre réglage d'EQ sur le hi-hat sont plus importants que le contenu musical lui-même?

En somme, lorsque l'on fait de la musique, le but est de rejoindre les gens. Selon moi, c'est la différence fondamentale entre un instrumentiste (quelqu'un qui joue un instrument) et un musicien (quelqu'un qui fait de la musique). C'est également ce qui sépare les professionnels des amateurs. Vous devez comprendre que vous ne jouez pas d'un instrument ou que vous ne programmez pas des séquences : vous faites de la musique! Si votre but est de prouver à tous et en tout temps que vous êtes le meilleur instrumentiste ou que vous viser à faire l’étalage de l’extrême finesse de votre démarche artiste ou de vos incroyables talents de programmeur, vous vous trompez carrément d'objectif!

Cela ne veut pas dire que vous deviez constamment jouer sous vos habiletés, cela veut simplement dire que vous devez les adapter aux besoins de la chanson. Le batteur Brandon Khoo a très clairement illustré ce point lors d'un atelier de batterie. Bien qu'il s'adresse aux batteurs, le concept est valable pour tous les musiciens, peu importe leur instrument. En fin de compte, vous êtes là pour servir la chanson!

Éric Noël

Musicien, propriétaire de studio, réalisateur et formateur, Éric Noël œuvre dans le domaine de la production musicale depuis plus de 30 ans. Il est également le créateur de MusiqueProd.com et l’auteur du best seller : Comprendre le mixage.

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